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Carnets de Voyage
Lama Aphur Yongden 1899-1955
C’est en 1912, sur une photo prise à la frontière tibétaine, qu’apparaît pour la première fois le jeune moine Aphur Yongden, âgé de 12 ans. Bien qu’au service de la Reine du Sikkim, il fait alors partie de la caravane du futur maharaja de ce petit Etat, excursion à laquelle Alexandra s’est jointe pour un bref séjour en territoire interdit.

Ce premier voyage en terre tibétaine inaugure bien des péripéties futures auxquelles les deux voyageurs seront confrontés au long de 42 années d’aventures et de collaboration qui feront d’eux un tandem de l’exploration connu dans le monde entier.
Dans un écrit adressé à un éditeur Allemand, Alexandra David-Néel précise :

« La famille de Aphur Yongden est originaire de la vallée de Tomo à l’extrême sud du Tibet, une région déjà incluse dans la chaîne des Himalaya.

Son grand-père paternel était un lama magicien appartenant à la secte non réformée des Anciens : les Nyingma-pa qui ne sont pas astreints au célibat. Il était marié et avait plusieurs fils.

Ce grand-père, appelé Doubdön, était connu comme magicien et pratiquait l'art de faire tomber la pluie ou la grêle ou les empêchait de tomber. Il évoquait aussi les déités et était compétant dans les sciences occultes.
Aphur Yongden est donc né de parents tibétains, en décembre 1899, au village de Mando, dans le petit État de Dé Djong (le pays du riz) qui figure sur les cartes sous son nom indien : Sikkim. Ce territoire inclut le pic du Kangchenjunga (Les cinq trésors des grandes neiges) qui culmine à 8586 m.

Des rumeurs désignèrent le jeune Yongden comme étant une réincarnation d'un ancien chef du pays de Kambo (dans les vallées chaudes du Tibet méridional). Ce chef appelé Tékongtog passait pour avoir été un bodhisattva et était le héros de multiples légendes. Il passait pour se réincarner à des intervalles réguliers.
Plus tard, tandis qu’il résidait au pays de Kham au nord est du Tibet, confinant à la Chine, il s’était fait parmi les Tibétains de la région une position éminente comme lettré et le gouvernement chinois l’avait officiellement reconnu comme Hutuktu (ceux que les étrangers dénomment bouddhas vivants) et lui avait conféré plusieurs titres. (Avant l’avènement du gouvernement communiste).

Revenu en France où il avait déjà séjourné précédemment, il s’occupa à divers travaux littéraires : traductions de textes tibétains, une grammaire tibétaine, et publia en 1954 avant de disparaître, un roman de mœurs tibétaines : « La puissance du néant. »
Son décès brutal le 7 novembre 1955, à l’âge de 56 ans, laissera l’indestructible Alexandra David-Néel terrassée par le choc de cette disparition inattendue. Son fils adoptif représentait pour elle, en plus de 40 années de voyages, de collaborations, d’échanges, cette part d’Asie indispensable à son équilibre. Loin d’un Tibet devenu inaccessible et d’une Inde en plein bouleversement, il était resté cette main tendue comme le lien non rompu avec les aspirations de sa jeunesse, lui laissant croire que tout était encore possible, que la voie lui restait ouverte et que tout en demeurant en occident, elle ne reniait pas ses engagements dans la pensée bouddhique.
Jusqu’à sa mort le 8 septembre 1969, de son fauteuil en osier, qui la retenait dorénavant seule et prisonnière, devant la fenêtre ouverte de sa petite chambre, souvent Alexandra appelait son fils, comme pour lui demander un signe de sa présence dans cet occident qui lui paraissait dorénavant sans excuses d’y demeurer. Ainsi, en 1969 à l’âge de 100 ans, elle renouvelait son passeport, pour un hypothétique retour en terre d’Asie.

En 1970, peu après le décès de l’exploratrice, les deux caisses contenant leurs cendres furent expédiées en Inde, à Sarnath, là où le Bouddha avait donné son premier enseignement au Parc des gazelles. Elles reposèrent dans le temple de la Maha Bodhi society jusqu’au 28 février 1973, date à laquelle leurs cendres furent dispersées dans le grand fleuve sacré de l’Inde par Marie Madeleine Peyronnet, celle qui fut sa secrétaire de 1959 à 1969, réunissant dans ce dernier geste la mère et le fils adoptif, « Lampe de sagesse » et « Océan de compassion », pour d’autres voyages, en terres inconnues.